Parce que la vie d'une citadine n'est qu'une histoire de gens...
Règle n°2 : Aimer les débiles qui vous aiment, dans le doute, ils ont peut-être raison.
Et quand un cycle citadin se termine, on se demande à quelle sauce on va être mangé. Au départ pourtant, le jeu semblait faussé : trop grande, trop seule, trop perdue... Qu'est-ce-que je fous là
?
Trois ans plus tard, plus grande encore, plus seule du tout, mais toujours perdue... à 25, sous la bruine, en pleine nuit, dans les rues froides et claires d'après fermeture des bars [p'tain
de bordel, ils sont cons mes copains !].
Et moi, je suis bien. Là. Juste là.
Exactement là, sur ce trottoir humide, les fesses collées à cette plaque commémorative de je-ne-sais-même-pas-quoi, à côté d'un qui me sourit, yeux mouillés, maintenant que je lui ai dit tout le
bon qu'il devait entendre. A côté de celui-là qui a les yeux mouillés mais en regarde une autre, qui ne le voit pas. Trop occupée à sourire à un qui fait des photos de chiens. Pendant que là-bas
plus loin, une, qui m'embrassait dans les coins il y a une semaine encore, scrute gentiment le photographe. Juste là, à côté de cette autre qui a mes clefs dans sa main, hésitant entre celui-là
[c'est trop compliqué] et mon lit [on est bien chez toi]. Juste là, à côté de cette grande qui attend cette petite en me souriant sans rien dire [moui, je sais, j'ai pas pu
sauter le pas] Juste là, sur ce trottoir mouillé, à 25, dans les rues froides, humides et claires de la ville [on rentre ? non, attends encore. je ne veux pas aller me coucher].
5h47. C'est fini, ou presque.
Et après, je fais quoi ? Où je vais, après ça ? Je laisse derrière moi des coeurs. Des coeurs et des culs, des heures passées à tout et rien.
Et puis dans six mois, quand tout sera définitivement éteint, j'aurai le blues [je crois].
Je laisse derrière moi les yeux ébaubis des matins embrumés [qui a un crayon ? une feuille ? un chewing-gum ?] face au tableau blanc - inspirés parfois. Je laisse derrière moi les
envolées lyriques des chercheurs allumés en trucs-passionnants-qui-ne-donnent-pas-de-travail-quand-on-sera-grands. Je laisse derrière moi les pauses café et cigarettes [on fait quoi ce soir ?
il doit faire combien de pages le dossier ?], les petits bonheurs de salons de thé [et toi, ça t'a fait quoi ?], les coins de l'oeil au détour d'un texto parce que tu es trois
tables devant moi mais que ce que j'ai à te dire ne peut attendre la pause déjeuner. Je laisse derrière moi les messages privés mailés, facebookés, myspacisés et définitivement alcoolisés. Je
laisse derrière moi les yeux verts et bruns.
Je laisse derrière moi les réveils de copines [t'as encore pris toute la place dans mon lit], les câlins mélangés, féminins, masculins [on est tous des copains, c'est gamin, c'est
parfait]. Je laisse derrière moi les petits coups de stress [mon mémoire est pourri], les 354 758 fois où l'on a répété la même phrase, qui ne fait rire que nous, mais qui nous fait
rire encore [je t'aime comme des airs de soleil. freddie mercury n'est pas mort. c'est un scandale !] Je laisse derrière moi les verres et les tournées payés et volés, les paris idiots,
les potins absorbés, digérés, inventés, contournés, les secrets mal gardés [comment ça "depuis quatre mois" ?!], les détournements de volonté [elle en est ? attends, je lui
demande]. Je laisse derrière moi les invasions de théâtres, de cafés, de cinés, d'expos, de restaus, et de pubs ['doit en avoir marre, le serveur, de voir nos tronches !]. Je laisse
derrière moi les projets concrétisés, montés, exportés et démontrés, les inventions littéraires plus ou moins inspirées [c'est deux oeufs dans une poële...], les vérités assassinées
[pourquoi je devrais choisir ? qui a dit qu'il fallait choisir ?!].
Je laisse derrière moi trois années de bêtises, de coups coeurs, de seins nus, de vodkas, de musique, de grandeur, d'erreurs, de baisers, de bonheurs, de frayeurs, de douceurs et de splendeur. Je
laisse derrière moi trois années de vie vivante, de vie vive, de vie vierge. Je laisse derrière moi un souffle inconsidéré, une histoire de gamins, un substantif galvaudé, un essentiel mésestimé
: je laisse derrière moi trois années de copains.
Je laisse derrière moi un inventaire inachevé, inachevable et entêté.
Je laisse...
Je vais me coucher.
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